By In Trends

Comment le livre restera-t-il à la page ?

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“Lire augmente les chances de réussite sociale et d’épanouissement individuel” c’est ainsi qu’a présenté Hervé Gérard, Président de la Foire du Livre, son initiative de rendre l’entrée gratuite à la Foire du Livre de Bruxelles.
Il faut payer pour entrer pour ensuite acheter des livres, ce qui peut en décourager plus d’un, pense-t-il.

 

Le statut du livre

Au-delà du prix, le statut du livre est à questionner. S’il est une valeur sûre pour la génération X et sûrement Y, que nous soyons lecteurs ou non, le livre reste un statement, un objet sans lequel nous pouvons nous imaginer.

En terme de sphère d’influence, être auteur, lire à propos d’un sujet, être le sujet d’un livre,… reste un must-have, une valeur qui établit durablement et ancre un sujet dans la légitimité ou la pertinence.

Mais ça, c’est nous.

Le livre numérique fera-t-il disparaître le papier ?

Nous effectuons une distinction entre contenant et contenu : payer le même prix pour un livre broché ou un e-book peut nous sembler incohérent, voire bloquant.
Pourtant, nous savons que nous payons le contenu d’auteur, pour la même raison qu’un livre de poche est moins cher qu’un broché – la durée de vie du contenu conditionne également son prix.

S’il nous semble utile de préciser le support sur lequel nous lisons, l’enfant lui, ne précise pas sur quoi il lit. Il lit, c’est tout et c’est ce qui présage la disparition des frontières support/contenu.

Le livre numérique fera-t-il disparaître le papier pour autant ?
Les chiffres sont bas, mais pas décourageants :

– 5 % du marché en France
– plus de 20 % aux Etats-Unis

Les prévisions à 15 ans sont entre 15 et 25%, ce qui n’empêche pas, en attendant, une guerre froide d’influence et de prix entre les éditeurs et certaines plateformes en ligne comme Amazon : si les éditeurs insistent pour proposer l’e-book presque au même prix que l’édition papier, Amazon lui, propose des livres numériques à plus bas prix.

 

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Toute expérience participe à la convergence

Internet se retrouve en position de bouc-émissaire du livre, alors qu’il ne représente que l’expression d’une tendance : le livre vit en transmedia.

Si le commerce en ligne augmente chaque année, il ne signifie pas pour autant la fin du libraire : il prend une place de conseil, de pré-selection, d’évènementiel : une signature, une rencontre, une discussion avec un libraire sur un ouvrage, qui ne peuvent exister qu’en vrai.
Si le livre précédé d’un conseil live sera plus probablement acheté sur place, le livre dont on a lu les commentaires et critiques en ligne sera plus probablement acheté en ligne également.

Il n’empêche que toute expérience participe à la convergence, peu importe qu’elle soit IRL ou URL.

Un auteur actif sur Twitter construira son awareness au même titre qu’une interview ou qu’une apparition sur un plateau télé.
Un extrait de livre lu sur Snapchat construira l’audience autant qu’une dédicace lors d’un salon du livre.
La vidéo sur Instagram de Charles Pépin, auteur de La Joie, invité d’honneur de la Foire du Livre, jouant du piano après une interview en dit presqu’autant sur lui que l’interview où il philosophe sur la joie.

Le livre choisira-t-il le modèle d’immersion transmedia ?

Traditionnellement, 3 acteurs majeurs se côtoyaient dans l’industrie du livre : l’auteur, l’éditeur et le libraire.

Aujourd’hui, le modèle se voit fractionné, défragmenté et restructuré selon les contextes et l’audience. Pas encore assez, mais le mouvement est en marche.

A terme, le livre choisira-t-il le modèle d’immersion transmedia, comme quelques auteurs de contenu audiovisuel, pour augmenter son exposition et rester dans la course?

 

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Les nouveaux modèles de tendances

Ce décloisonnement des tendances induit l’apparition de nouveaux modèles.

– L’abonnement freemium, par exemple, rencontre de nombreux adeptes : un nombre de livres, dont ceux dans le domaine public, sont disponibles gratuitement sur une plateforme avec des options payantes pour des contenus récents. Un peu comme un Deezer ou un Spotify du livre.

– Le “crowdbooking” fait son apparition sous une forme qui existe pourtant depuis toujours dans le cercle familial : le système d’échanges de livres à plus grande échelle, poussé par des volontés de services publics, laissant une opportunité pour certaines marques de se positionner en vecteur de culture pour tous.

– L’ubérisation atteint également le livre : certaines plateformes permettent de s’auto-éditer grâce à des contributions de lecteurs. D’autres poussent le 3.0 jusqu’à proposer aux lecteurs de compléter l’écriture d’un livre.

Le système a donc perdu de sa linéarité, les éditeurs perdent petit à petit leur situation d’oligopole et la librairie qui tient la barre se positionne plutôt comme un centre d’expérience littéraire.

L’auteur n’a plus l’exclusivité de son contenu, ce qui présage une perception modifiée du fameux “droit d’auteur“.

 

En attendant, le livre continue de fasciner, d’engager et de faire rêver.
En espérant qu’il trouve la voie qui lui permettra d’exercer son pouvoir d’émancipateur.

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